Jean-François Rault est né à Lamballe (22) en 1958.
Cycliste professionnel de 1981 à 1988, il courut avec les équipes Puch, Puch Wolber, Mercier, La vie claire (où il était co-équipier de Bernard Hinault, Greg Lemmon, Jean-François Bernard ), RMO.
Dernier vainqueur de Bordeaux-Paris en 1988, Jean-François a également été maillot vert sur le tour de France 1984.
Il compte 14 victoires chez les pros.
Après sa carrière professionnelle, il est entraîneur en Norvège pendant 2 ans (il a vu Thor Hushovdt évoluer pour ses 11 et 12 ans, au gabarit frêle, mais tellement rapide déjà) avant de rejoindre l´équipe Helvetia en tant que Directeur Sportif durant une année où il a eu l´occasion de diriger Laurent Dufaux, Pascal Richard, Mauro Gianetti, Gérard Rué.
De retour en Bretagne, Jean Floch lui propose un poste de commercial et lui demande de créer et d´animer l´équipe qui porta le même nom (Bernard Sports à la création).
Cette équipe qu´il dirigea pendant 7 ans est devenue aujourd´hui Bretagne Schuller.
Il crée en 2002 l´équipe Côtes d´Armor devenue aujourd´hui Côtes d´Armor – Maître Jacques évoluant en DN1.
Parmi les trente coureurs qui ont rejoint les rangs professionnels, on peut citer entre autres :
• Sandy Casar : Française des jeux
• Sébastien Hinault : GAN, Crédit Agricole, AG2R
• Christophe Le Mevel : Crédit Agricole, Française des jeux
• Arnaud Gérard : Française des jeux
• Cyril Gautier : Bretagne Armorlux, Bouygues B-Box
Il y a juste 20 ans, les 21 et 22 mai 1988, se disputait la dernière édition d'une épreuve née en 1891 et que l'on appelait aussi le derby ou le marathon de la route. Cette course, particulière dans le calendrier, se déroulait entre Bordeaux et Paris sur une distance approchant ou dépassant parfois les 600 kilomètres.
Partant de nuit de la capitale aquitaine, les coureurs roulaient jusqu'à Châtellerault dans la Vienne où, après un bref repos puis un repas, ils repartaient à l'abri de leurs entraîneurs sur les célèbres dernies. Bernard Gauthier fut longtemps appelé « Monsieur Bordeaux-Paris » avec quatre victoires (1951, 1954, 1956 et 1957) mais le Belge Herman Van Springel lui ravit ce titre avec sept bouquets en 1970, 1974, 1975, 1977, 1978, 1980 et 1981.
En 1981 justement, Jean-François Rault, un jeune néo-professionnel breton, arrive dans les pelotons au sein de la formation Puch – Wolber. Très rapide au sprint, il gagne quelques belles épreuves avant de participer pour la première fois à Bordeaux-Paris en 1987 pour y aider son leader Bernard Vallet. Le futur Directeur Sportif de l'équipe Elite Côtes d'Armor se classe huitième, tout en aidant son chef de file à inscrire son nom au palmarès. Une bonne approche.
L'année suivante, il revient plein de confiance. Il fait partie d'un maigre peloton de 51 pros auxquels sont venus s'ajouter une vingtaine d'amateurs. Le départ est donné à
23 h 20 par une nuit glaciale et deux anciens vainqueurs (Gilbet Duclos-Lassalle et René Martens) font figure de favoris. Dans la nuit, et par un vent de face, deux amateurs se font la belle et peuvent ainsi profiter d'un peu de gloire. Derrière la bagarre n'est pas déclenchée, chacun se regardant pour ne pas faire le travail pour l'autre. Deux grosses équipes s'affontent, les RMO avec 9 coureurs et les 11 de chez Peugeot. Toutes les autres formations n'ont envoyé personne sur l'épreuve ou alors que quelques coureurs isolés qui ne peuvent peser sur la course.
À 100 kilomètres de l'arrivée, après plus de 500 déjà parcourus, tout est à refaire. Km 522, cinq hommes se détachent, Rault (RMO), Vincent Lavenu (Fagor), Chesneau (EFB), Ilegems (Sigma) et Dorelgo (ADR). L'écart grandit et derrière c'est rapidement le sabordage. Chacun des cinq va tenter sa chance mais à quelques treize bornes de l'arrivée à Fontenay-sous-Bois, Jean-François Rault attaque sèchement sans se retourner. Personne ne contre, le trou est fait. Au tableau d'honneur du derby il va succéder à son Directeur Sportif Bernard Vallet.
Jean François Rault participe à son premier Derby de la route en 1987, au pied levé. "Mon directeur sportif chez RMO, Bernard Thévenet, m'a demandé de participer pour aider Bernard Vallet (NDLR : Vallet a d'ailleurs gagné cette année-là). Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur de la distance (600 km). Mon rôle était de l'abriter jusqu'au lever du jour. J'étais parti pour faire 200-300 bornes. Mais les heures avançaient et je me sentais de mieux en mieux. Je me suis finalement classé huitième."
Depuis 1986, la course se dispute sans entraîneur. Elle est aussi ouverte aux amateurs. Jean François Rault fait connaissance à cette occasion avec la course en pleine nuit. "Ce qui est particulier, ce sont les ombres qui s'entremêlent avec les lampes des coureurs et les feux de route des suiveurs."
Sa bonne course de 1987 donne confiance à Jean François Rault pour 1988. "Je me suis préparé spécialement." Pourtant, ça s'annonce mal. Le lever du jour est difficile. Deux amateurs animent la course, Eric Linder et Philippe Quintin. Ces deux-là revus, Jean François Rault accroche le bon wagon. "J'avais toujours un coup de retard mais j'ai réussi à aller dans le premier groupe. Il y avait beaucoup d'attaques mais il y avait toujours quelqu'un qui ramenait tout le monde. Je me suis dit : Tu attaques une fois et tu mets tout" dit il avec encore une étincelle dans les yeux, la même qui a dû allumer la mèche de sa mine. Une attaque sans se retourner, "pour ne pas faire croire aux autres que je doutais." Le trou est fait, les poursuivants se regardent. L'arrivée et l'euphorie de la victoire approchent. "Dans le dernier faux-plat à Fontenay sous Bois (lieu d'arrivée) j'étais à 50 à l'heure. Je volais!"
Le coureur RMO peut lever les deux bras, il enlève haut la main la 85ème édition de Bordeaux-Paris. Une édition dont il aura beaucoup plus de mal à récupérer que la précédente, la faute sans doute à une préparation plus importante.
La course elle-même ne se relèvera pas. Cette édition reste la dernière. Un regret pour son ultime vainqueur car "c'est une épreuve atypique qui a participé à la construction de l'histoire cycliste."
À trois années du centenaire de l'épreuve, le coureur de Lamballe entre dans l'histoire du cyclisme, il sera le dernier vainqueur. En effet, l'Equipe et le Parisien, les deux journaux organisateurs (également organisateurs du Tour de France), décident l'année suivante de retirer la course du calendrier. Le manque de coureurs au départ depuis quelques années et l'absence de combativité en 1988 auront eu raison d'une des classiques les plus légendaires d'une saison en Europe.